Une brève histoire du commerce des épices

lundi, 10. août 2015

Une brève histoire du commerce des épices

Les hommes utilisent les épices depuis longtemps, très longtemps. Elles étaient même déjà utilisées durant l'ère néolithique. Plus tard, elles sont devenues des biens précieux, et ont même déclenché des guerres. Un bref résumé de l'histoire fascinante du commerce des épices.

C'est à la période néolithique que remontent les connaissances européennes les plus anciennes, quant à l'utilisation des plantes en assaisonnement. Des découvertes réalisées dans des tombes et des grottes néolithiques laissent à penser que certaines herbes étaient en effet utilisées pour épicer les aliments.

Des fouilles au Proche-Orient ont permis d'y découvrir l'existence d'un commerce des épices, il y a déjà plusieurs milliers d'années : en effet, seul le commerce peut expliquer la présence de certaines des épices, qui ont été retrouvées sur ces lieux de fouille.

La première trace écrite d'un tel commerce provient de Mésopotamie : datant de la période de 1750 av-JC, trois tablettes d'argile y ont été retrouvées, sur lesquelles plus de 30 recettes avaient été inscrites. Les épices principales listées sont alors l'ail, le cumin et la coriandre. Des épices ont même été retrouvées dans des tombes égyptiennes, car à l'époque, elles étaient également utilisées comme ingrédients pour les parfums.

C'est par la Route de la Soie, qui existe déjà depuis l'Âge de Bronze, que les plantes d'épices asiatiques sont d'abord arrivées en Europe. Puis, durant le premier siècle après Jésus-Christ, une voie maritime est découverte vers l'Inde, via laquelle l'Empire romain importe directement le poivre. Les prix chutent et le commerce du poivre se répartit ainsi dans tout l'empire.

En l'an 330 ap-JC, Constantinople s'affirme comme capitale commerciale et la noix de muscade ainsi que le clou de girofle arrivent pour la première fois en Europe. Avec le déclin de l'Empire romain, c'est tout le commerce maritime avec l'Inde qui s'effondre, tandis que la Route de la Soie retrouve toute son importance.

Déjà à cette époque, les épices sont également considérées comme des médicaments. Au Moyen Age, elles sont particulièrement utilisées par l'Ordre des Bénédictins pour leurs propriétés bienfaisantes. D'ailleurs, on attribue aux épices des propriétés magiques jusqu'au XVIIIè siècle.

Les épices deviennent ensuite symbole des classes supérieures durant les Croisades (XI-XIIIè). Elles deviennent en effet très précieuses à cette époque, et sont considérées comme des joyaux.

Les prix ne cessent alors d'augmenter : au XVè siècle, le prix du poivre venu d'Inde peut être multiplié jusqu'à 30 fois sa valeur de départ, avant d'atteindre Venise, qui est alors la capitale du commerce des épices. Pour importer moins cher les épices, de nouvelles voies maritimes vers l'Inde sont recherchées : c'est le temps des grands explorateurs, comme Christophe Colomb ou de Gama.

Avec la découverte de l'Amérique, c'est toute une révolution du "goût" de l'ancien monde qui démarre. Vasco de Gama découvre également la route maritime vers l'Inde, et c'est alors une course aux épices, à l'argent et au pouvoir qui commence.

Grâce à la découverte de Gama, le Portugal devient du jour au lendemain une puissance mondiale, car il a le quasi-contrôle sur la plupart des régions productrices d'épices. Cependant, les Néerlandais revendiquent également cette position et sont prêts à tout, afin de maintenir et accroître leur pouvoir. Ils chassent les Portugais, font des autochtones des esclaves qu'ils maltraitent, et poussent impitoyablement les prix vers le haut. Ils vont jusqu'à détruire leurs propres biens, afin de restreindre l'offre et ainsi réaliser plus de profits. Les Néerlandais restent au premier plan jusqu'au XVIIIè siècle.

La fin du monopole s'annonce en 1770 : un fonctionnaire français réussit à passer en contrebande des plants de muscade et de girofle issus des Îles aux Épices, et à les cultiver dans les colonies françaises. Au même moment, les Néerlandais sont accablés par les guerres, la corruption et la dette. Les épices se mondialisent alors et le nombre de régions productrices, où les épices ne sont pourtant pas originaires, ne cesse de croître. Bientôt, c'est le monopole espagnol autour du commerce de la vanille qui s'effondre.

Les prix baissent, et au XIXè siècle, les épices exotiques sont alors accessibles à de nombreux habitants en Europe.